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La peur est le virus

Dans le contexte anxiogène de la pandémie qui s’est répandue sur les cinq continents, il est surprenant de constater que le nom commun qui est le plus souvent répété dans la presse est le mot « peur », émotion également déclinée par l’usage de ses synonymes que sont la crainte, l’inquiétude ou l’appréhension. Il n’est pas de soir, en effet, où au cours d’une tranche d’informations, les journalistes ne tendent pas le micro à des parents d’élèves, à des maires, à des médecins, à des commerçants qui, pour une raison ou pour une autre, expriment leur inquiétude.

 

Sans doute les peurs qu’ils ressentent sont-elles légitimes (qui n’a pas peur de se retrouver en réanimation et de risquer sa vie en prenant le métro ?), mais que n’entend-on aussi des personnes qui font confiance, qui y croient, qui ont envie et qui préfèrent aller vers l’avenir, enthousiastes  ? Serait-ce que ces dernières n’existent pas et le monde n’est-il plus composé que d’individus qui ont peur de sortir de chez eux, d’aller travailler, d’envoyer leurs enfants à l’école, de manquer de masques, d’une deuxième vague ? Certes non. Ils sont là, infiniment nombreux qui le manifestent ici et là par une incroyable créativité, une époustouflante ingéniosité, une magnifique spontanéité ou une extraordinaire solidarité.

 

Or, le problème avec la peur, c’est que, comme une épidémie, elle se communique et qu’à force de donner la parole à ceux qui ont peur, elle gagne chaque jour un peu plus de terrain. Cependant, pourrions-nous émettre l’hypothèse qu’au delà de ses causes actuelles, cette émotion aurait une origine plus profonde ? Et dans ce cas, ce ne serait alors pas le chômage qui motiverait notre crainte, ni l’avenir, ni les migrants, ni les étrangers, ni l’insécurité ni, pour coller à l’actualité, la peur d’attraper le Covid 19 et toutes celles collatérales qui y sont liées ? Non. Ce serait autant de circonstances dont notre peur se saisirait pour justifier de son existence en nous.

 

Dès lors, si la peur préexiste à son objet, comme le sentiment de culpabilité qui ne suit pas le forfait commis par le criminel mais le précède, ainsi que Freud l’avait relevé, toutes nos bonnes raisons d’avoir peur ne se révèlent-elles pas être, alors, les substituts d’une autre raison bien cachée dans les replis de notre inconscient ? Et si tel est le cas, quelle serait donc cette vraie raison d’avoir peur qui nous habite?

 

Et si c’était, comme le suggérait Marianne Williamson, la peur de notre lumière ? La peur de notre nitescence — du latin nitiscere qui signifie briller — ? La peur de notre rayonnement ? A moins que ce ne soit la peur de notre liberté qui nous fait préférer rester prisonnier de nos … peurs ?

 

Songeons un instant à ce que serait notre vie si nous étions libérés de la peur du lendemain, de la peur de manquer, de la peur d’échouer, de la peur pour nos enfants ? Songeons à ce que serait notre présent, si tout en étant conscients des risques, évidemment, nous vivions nos journées allégées du fardeau si lourd des peurs mille fois répétées ? Songeons au bonheur de nos vies enfin guéries du virus de la peur.

 

Jacques Schecroun

Secrétaire-Général de la SFU-Paris

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