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Un psychiatre en Inde – des différences avec l’Occident

Article de Elena Cascarigny – Etudiante en Mastère SFU-Paris

 

 

Dans le cadre de mes études, je suis partie un mois à Calcutta, en Inde, pour accompagner un psychiatre dans sa pratique et envisager la psychologie dans un autre contexte culturel. La pratique de la psychiatrie et de la psychothérapie en cabinet que j’ai pu appréhender en Inde est bien différente de celle pratiquée en Europe.

Alors que le cadre classique d’un psychiatre-psychothérapeute en libéral dans notre culture occidentale est celui d’un face à face avec le patient, avec un rendez-vous pris à l’avance, un temps délimité et un prix fixe, il pourrait sembler, au premier abord, que plusieurs des éléments constitutifs du cadre fassent défaut dans le continent indien.

Dans une société moins organisée, où toutes les commodités qui, pour nous, vont de soi, comme les transports, un salaire mensuel régulier, l’état des routes, les conditions climatiques, etc., constituent chaque jour un défi à la population abondante de l’Inde. Un cadre prédéfini n’est pas tenable et les circonstances demandent souvent grande flexibilité. Par exemple, en période de moussons, de fortes pluies peuvent détruire les routes, rendant difficile pour les patients le fait de venir jusqu’au cabinet du médecin. De même, le trafic chaotique peut rallonger un trajet de plusieurs heures. Comment se tenir à une heure fixée dans ces conditions imprévisibles?

Alors, les patients appellent ou passent simplement le matin pour prévenir de leur venue le jourmême puis viennent au cabinet, attendant de longues heures leur tour, ne sachant pas à quelle heure ils seront reçus par le médecin. Beaucoup prévoient la journée entière. Le principe est simple: le premier inscrit passe le premier. Parfois, le psychiatre, sachant que telle personne vient d’un lointain village reçoit celle-ci en priorité, afin qu’elle puisse reprendre un bus le jour-même et arriver chez elle avant la tombée de la nuit.

Alors qu’un praticien occidental reçoit en moyenne une dizaine de patients par jour, celui chez qui j’ai réalisé min stage peut voir 60 à 80 personnes sur une seule journée. Certains patients n’ont besoin que d’un renouvellement de leur ordonnance tandis que d’autres cherchent un conseil, une écoute du thérapeute. Si bien qu’une consultation peut durer de deux minutes à 1 heure, selon les besoins du patients.

Venant de tous les milieux, les patients règlent les honoraires selon leurs moyens, cela variant entre 200 et 600 roupies. Certains sont issus de milieux favorisés, avec un niveau d’éducation élevé, tandis que d’autres, vivant dans les slums de Calcutta, peinent à rassembler quelques roupies pour survivre.

Dans un pays sans sécurité sociale, la misère et la souffrance sont déchirante. Beaucoup sont condamnés à souffrir en silence et d’autres vivent dans une peur constante. « Que va-t-il se passer le jour où mes parents ne pourront plus prendre soin de moi? » ou inversement « Qui prendra soin de mon enfant atteint d’une maladie mentale quand je ne serai plus? »

La mère de la patiente M racontait que son gendre, en colère suite à l’apparition des symptômes schizophrènes chez sa femme, l’avait renvoyée chez ses parents et refusait de la voir. Puis soudainement, il changea d’avis et souhaita « reprendre » son épouse. Les parents de la jeune femme ne savaient que faire car ils redoutaient que le mari cesse de donner les médicaments à leur fille afin de prouver qu’elle est « folle » et de pouvoir faire annuler le mariage. Sans sécurité sociale, qui va payer pour les médicaments antipsychotiques, qui assurent à la jeune femme et son entourage une certaine stabilité?

Néanmoins, ce système non structuré permet en même temps une plus grande créativité et le praticien emploie une multitude de méthodes, allant de l’écoute simple, à des exercices de relaxation ou de méditation, des exercices d’écriture tout comme des conseils sur la sexualité des couples.

Il y a aussi plus d’espace pour des questions spirituelles. Cela est ancrée dans la culture, avec la majorité de la population, si ce n’est la totalité, qui s revendiquent d’une religion, que ce soit l’hindouisme, l’islam ou le christianisme. La croyance en des esprits ou des démons fait partie de la culture et le thérapeute doit s’adresser à chacun tout en tenant compte des systèmes de croyances. Certaines jeunes adolescentes rêvent d’épouser un homme ressemblant au dieu Shiva tandis que certaines personnes vouent un culte à Krishna, médiateur entre les dieux et les hommes. Ces informations sont des clés qui permettent d’utiliser un langage que le patient comprend, avec lequel il s’identifie et ainsi de rentrer en contact avec son propre monde intérieur. Les nombreux dieux de l’hindouisme, avec leurs mille histoires, sont souvent des représentations des vécus humains et, comme les contes en psychanalyse, permettent de véhiculer des messages, des valeurs, des questionnements.

Dans le cabinet du psychiatre, une image géante représentant Sri Aurobindo fait face aux patients. Aucun ne semble dérangé par cette icône, bien que la clientèle du psychiatre rassemble toutes les religions. Cela semble impensable dans notre société laïque (et où la religion n’a pas toujours bonne presse).

Les rites sont bien ancrés et chaque matin, le personnel du cabinet orne de fleurs les photos de Sri Aurobindo et sa disciple Sri Ma ainsi que les petites statuettes du dieu Ganesh disposées sur le bureau. De nombreux patients vont toucher les pieds du psychiatre (et les miens) à la fin de la consultation, afin de montrer leur respect pour lui. Certains apportent aussi des présents ou mishtis, pâtisseries indiennes, en remerciement.

Au début, je me sentais de trop dans la pièce, j’avais peur de déranger le patient, qu’il ne se sente pas à l’aise en ma présence. Ma gêne s’est vite dissipée lorsque je me suis rendue compte qu’en réalité, il était normal que les gens entrent et sortent du cabinet à leur gré. Les démarcheurs psychopharmaceutiques attendent silencieusement au fond de la pièce que la consultation soit finie (mais en étant dans la même pièce) pour tenter de convaincre le psychiatre de prescrire leurs produits. Le personnel aussi va et vient entre la salle d’attente et la salle de consultation pour informer le psychiatre de ceci ou de cela. Mes attentes européennes d’un cabinet psycho-médical calme, presque dans le secret, ont été déçues. Ici, pas de chichis, pas de secrets.

Alors que dans notre culture, patient et psychothérapeute sont seuls face à face, il est rare qu’un patient indien vienne non accompagné. Nous étions parfois 6 à 8 personnes dans la pièce, l’intéressé étant là avec toute sa famille: mère, père, oncle, frères et soeurs, enfants, cousins… Au contraire de l’individualisme occidental, le système indien est beaucoup plus traditionnel et communautaire. Les membres d’une famille se soutiennent et si l’un va mal, toute la famille est touchée et se sent concernée. J’ai vu des familles sans un sou s’acharner à prendre soin d’un enfant schizophrène ou handicapé. Les liens entre les personnes sont la base de la société et les valeurs comme la famille sont au centre de la culture. Certaines familles sont des « joint families », familles jointes, c’est à dire que des personnes, souvent des cousins éloignés, se regroupent pour vivre ensemble dans une maison et forment une nouvelle famille, se considérant alors frères ou soeurs, etc. Quel contraste avec la culture occidentale où les problèmes sont souvent considérés comme étant issus du relationnel! J’ai été touchée de voir à quel point ces liens sont forts, créant une société aux membres connectés. Chacun connait quelqu’un qui ci ou ça et peut apporter son aide, peu importe la situation rencontrée.

La loyauté est sans faille et certains patients sont prêts à parcourir des kilomètres pendant plusieurs heures, à dormir dans des hôtels, afin d’aller voir le psychiatre familial. Ces valeurs procurent des fondations solides, en donnant un sentiment d’appartenance, de sécurité. Cependant, elles peuvent aussi créer une sorte d’enfermement, empêchant l’individu de s’exprimer dans son unicité. Les normes sociales et les traditions peuvent figer les relations humaines et être un obstacle au développement et à la transformation, créant alors de nouvelles pathologies.

Immergée dans cette culture aux fondements différents de la mienne, j’ai pu travailler sur mes compétences interculturelles. J’ai pu me rendre compte que chaque culture exprime ses maux différemment. En effet, les indiens somatisent beaucoup, n’ayant pas l’habitude d’étaler leurs états d’âmes. Les symptômes dépressifs sont alors convertis et exprimés par le corps.

Ainsi, il est d’autant plus important d’intégrer l’autre dans son contexte culturel, d’apprendre à décoder celui-ci et de ne pas projeter mon système de valeur sur l’autre. Confrontée à une société aux antipodes de la nôtre, je me suis rendue compte de mon propre assujettissement culturel, de mes propres normes et valeurs. En Inde, la religion, la famille, la communauté ont une place beaucoup plus importantes que dans la société occidentale. Ce qui peut me paraître étrange voire malsain, comme par exemple des parents qui choisissent le futur mari de leur fille ou des enfants qui vivent chez leurs parents à l’âge de 30 ans, est ici la norme.

La culture, qui aide l’individu à se définir, est subjective et il n’y en a pas de « bonne » ou de« mauvaise ». Dans un contexte transculturel, tout savoir est superflu; flexibilité et ouverture sont de mises. Ainsi, accepter l’autre et sa culture sans jugement, savoir faire preuve d’humilité en admettant ne pas tout comprendre du monde de l’autre, changer de perspective, accepter de percevoir le monde à travers les yeux d’une autre personne, sont des qualités qui prennent tout leur sens dans un environnement transculturel.

Aussi, n’étant pas toujours capable de communiquer avec les patients puisque ceux-ci ne maitrisaient que le bengali ou l’hindi, j’ai dû développer un autre type d’écoute et de communication. Le thérapeute traduisait les grandes lignes des récits des patients et certains qui parlaient un peu anglais faisaient un mélange anglo-hindi-bengalais, mais beaucoup m’échappait. Je me suis alors concentrée sur le langage du corps, sur les mimiques des patients pour tenter de comprendre ce qu’il traversait, pour capter certaines nuances qui ne pouvait se traduire et devait se vivre. Les moments où j’étais bien là, à l’écoute du patient à ma façon, celui-ci se tournait parfois vers moi et me parlait dans un langage incompréhensible à mes oreilles, comme s’il savait, qu’au fond de moi, je l’entendais. Une communication non verbale s’est crée avec certains, à coup d’hochements de tête, de gestes, d’émotions. Au delà des mots, c’est ma présence qui a permis la naissance d’un lien. Au fond, peu importe nos origines, la langue que nous parlons, la couleur de notre peau, nos croyances, nous partageons tous la même humanité et ce même désir d’être heureux. En chaque être humain, je peux rencontrer cette part universelle et, dans nos différences, contacter ce qui nous rassemble.

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Marie-Lou, 21 ans

"J'ai choisi une université à taille humaine qui me permet de m'épanouir dans un cadre familial et amical."
5.0
2017-02-17T21:18:55+00:00
« J’ai choisi une université à taille humaine qui me permet de m’épanouir dans un cadre familial et amical. »

Sophie, 53 ans

"Un apprentissage unique qui nous pousse à avancer dans la connaissance de nous-mêmes."
5.0
2017-02-17T21:22:07+00:00
« Un apprentissage unique qui nous pousse à avancer dans la connaissance de nous-mêmes. »

Mounia, 45 ans

"Depuis que je suis à la SFU, je deviens actrice, et non plus spectatrice de ma vie."
5.0
2017-02-17T21:22:57+00:00
« Depuis que je suis à la SFU, je deviens actrice, et non plus spectatrice de ma vie. »

Anne, 46 ans

"Parce que je cherchais une formation appliquée, qui me prépare véritablement à recevoir des patients"
5.0
2017-02-17T21:26:20+00:00
« Parce que je cherchais une formation appliquée, qui me prépare véritablement à recevoir des patients »

Alexandre Arnette, 24 ans

"Un apprentissage intégratif de la Psychologie dans sa véritable dimension sociale."
5.0
2019-04-10T15:57:36+00:00
« Un apprentissage intégratif de la Psychologie dans sa véritable dimension sociale. »

Lola Allary, 20 ans

"En temps que thérapeute en formation, il est très intéressant de pouvoir être au contact d’une patientèle dès la quatrième année. Il est vrais que l’appréhension d’avoir des patients après nos études est diminuée grâce à la clinique ambulatoire. Nous rencontrons nos premiers patients accompagnés de professionnel qui savent nous guider et nous épauler."
5.0
2019-04-10T16:04:33+00:00
« En temps que thérapeute en formation, il est très intéressant de pouvoir être au contact d’une patientèle dès la quatrième année. Il est vrais que l’appréhension d’avoir des patients après […]

Delphine Nebor, 38 ans

"Je suis étudiante à la SFU en 1ère année de Master. Ce que j’apprécie le plus dans cette école est l’interaction entre le corps professoral et les étudiants facilitée par un nombre limité d’étudiants par classe et l’enseignement des différentes approches psychothérapeutiques. Une expérience stimulante !"
5.0
2019-04-11T17:09:10+00:00
« Je suis étudiante à la SFU en 1ère année de Master. Ce que j’apprécie le plus dans cette école est l’interaction entre le corps professoral et les étudiants facilitée par […]
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